Eau et assainissement au Togo : ambitions intactes, exécution sous tension

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Par René DOKOU, le 19 Mars 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Les Projets Eau et Assainissement au Togo, phases 1 et 2 (PEAT 1 et 2), s’inscrivent au cœur de la stratégie nationale visant l’accès universel à l’eau potable à l’horizon 2030. Financées par l’Union européenne, ces initiatives ont permis de déployer d’importantes infrastructures hydrauliques dans plusieurs villes du pays. La première phase a ciblé Lomé, Atakpamé et Dapaong, tandis que la seconde a étendu les interventions à Tsévié, Sokodé et Kara, avec un accent particulier sur la gestion des boues de vidange et l’assainissement.

Des projets structurants pour l’accès universel d’ici 2030

Malgré ces ambitions, la mise en œuvre des projets a été marquée par des retards et des difficultés techniques, révélant des fragilités persistantes dans l’exécution des marchés publics liés aux infrastructures.

Des entreprises locales sous pression

Dans une dynamique de promotion du secteur privé national, les autorités togolaises ont multiplié les réformes pour améliorer l’environnement des affaires et favoriser l’accès des entreprises locales à la commande publique. Toutefois, cette volonté politique se heurte à une réalité préoccupante : de nombreuses entreprises adjudicataires peinent à honorer leurs engagements techniques.

Des contrôles rigoureux menés par les organes de régulation de la commande publique ont mis en évidence des irrégularités dans certains dossiers d’appel d’offres. Listes d’équipements fictives, attestations de bonne exécution falsifiées, références inexistantes : ces pratiques ont permis à certaines entreprises d’obtenir des marchés au-delà de leurs capacités réelles, compromettant ainsi la qualité et les délais d’exécution des travaux.

Une succession de résiliations de contrats

Les projets PEAT illustrent de manière significative ces dysfonctionnements. Plusieurs contrats ont été résiliés en raison d’incapacités techniques avérées, entraînant une instabilité dans la conduite des travaux.

Le cabinet d’assistance technique internationale IGIP, chargé d’accompagner les ouvrages des phases 1 et 2, a vu son contrat résilié dès 2018 pour défaut d’exécution, notamment en raison de retards et d’études jugées insuffisantes. Par la suite, plusieurs structures de contrôle et de suivi se sont succédé — CIRA, puis le groupement Louis Berger/Egis Eau/ACEP — sans parvenir à stabiliser durablement le dispositif, avant l’intervention du cabinet AESA.

Atakpamé : un chantier emblématique des retards

À Atakpamé, la construction des infrastructures d’alimentation en eau potable a connu une succession d’entreprises. La société PFEIFFER, engagée en 2019, a vu son contrat résilié en 2022 pour défaut d’exécution. Elle a été brièvement remplacée par MIDNIGHT SUN, dont le contrat a également été interrompu pour retard. Finalement, l’entreprise SOGEA SATOM a repris le chantier en septembre 2022 et achevé les travaux en juin 2024, marquant une stabilisation tardive mais décisive du projet.

Kara : des infrastructures fonctionnelles mais insuffisantes

Dans la région de la Kara, la réhabilitation du barrage de Dalwak et de sa station de traitement a révélé des malfaçons à la suite d’un audit technique en 2021. Bien que les installations soient aujourd’hui opérationnelles, leur capacité de production reste en deçà des besoins.

Cette situation s’explique à la fois par des défauts techniques et par les effets du changement climatique, qui affectent la disponibilité des ressources en eau. Face à cette pression croissante, les autorités envisagent un renforcement des capacités de traitement afin de répondre à la demande.

Tsévié : réorientation stratégique après défaillances

À Tsévié, les travaux de construction d’infrastructures d’alimentation en eau potable ont également été perturbés. Le groupement initialement chargé du projet a vu son contrat résilié après la détection de défaillances majeures, notamment au niveau de la structure du château d’eau.

Un audit technique a conduit à l’arrêt des travaux et à une réorientation des financements. Les ressources ont été redéployées vers la réalisation d’un second forage et l’installation d’une unité de déferrisation, avant la reprise du chantier par un nouveau groupement d’entreprises.

Une crise de capacité plutôt que de gouvernance

Contrairement à certaines perceptions, les difficultés rencontrées dans les projets PEAT ne relèvent pas prioritairement de faits de corruption. Les autorités mettent en avant une problématique structurelle liée aux capacités techniques et organisationnelles des entreprises.

Les sanctions prononcées par les instances de régulation témoignent néanmoins d’une vigilance accrue face aux pratiques frauduleuses dans les marchés publics. Elles traduisent aussi une volonté de renforcer la transparence et la crédibilité du système de passation des marchés.

Vers une refondation du secteur BTP

Face à l’ampleur des défis, le gouvernement a engagé une démarche de concertation avec les acteurs du secteur des bâtiments et travaux publics. En février 2026, une rencontre nationale a permis d’établir un diagnostic des défaillances observées et d’identifier des pistes de réforme.

L’objectif est clair : renforcer les capacités des entreprises locales, améliorer les mécanismes de sélection et garantir une exécution plus rigoureuse des projets structurants. À terme, il s’agit de sécuriser les investissements et d’assurer aux populations un accès durable à l’eau potable et à des services d’assainissement de qualité.

À l’épreuve du terrain, les projets PEAT révèlent ainsi un paradoxe : des ambitions fortes et des financements conséquents, mais une chaîne d’exécution encore fragile. Le défi pour le Togo sera désormais de transformer ces investissements en résultats tangibles, en consolidant les compétences locales et en renforçant la gouvernance technique des grands projets publics.

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