Par René DOKOU, le 03 Mars 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Lomé a accueilli mardi la conférence nationale du projet BASIS-Togo, un programme d’envergure qui entend refonder l’enseignement supérieur agricole autour d’un principe cardinal : former par la pratique pour accélérer l’insertion professionnelle. Portée par un consortium académique international, l’initiative ambitionne d’aligner durablement l’université sur les réalités productives d’un secteur clé pour l’économie togolaise.
Piloté par l’Université de Kara, en partenariat avec l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO) et l’University of Applied Sciences Weihenstephan-Triesdorf, le projet bénéficie d’un cofinancement de l’Union européenne à travers le programme Erasmus+. Universitaires, experts européens, professionnels agricoles et autorités publiques y conjuguent leurs efforts pour bâtir un modèle de formation adossé aux chaînes de valeur et aux besoins du marché.
À l’ouverture des travaux, le ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kossi Tenou, a rappelé le rôle structurant de l’agriculture dans la croissance nationale. Dans un contexte de transformation économique impulsée par le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, il a insisté sur la nécessité de faire de l’université un levier d’emplois durables, capable d’anticiper les mutations technologiques et organisationnelles du secteur.
La rupture opérée par BASIS-Togo est pédagogique. Le schéma classique — théorie d’abord, pratique ensuite — est inversé. Les étudiants inscrits en Master agricole débutent leur cursus par six mois d’immersion au sein d’exploitations et d’entreprises agro-industrielles. Ce temps long en milieu professionnel précède les enseignements académiques, appelés à structurer et analyser l’expérience de terrain.
Pour la présidente de l’Université de Kara, la professeure Prénam Houzou Mouzou, cette approche s’inspire du modèle allemand déployé par l’établissement partenaire bavarois. L’étudiant est d’abord confronté aux contraintes réelles — aléas climatiques, logistique, financement, normes de qualité — avant d’aborder les outils théoriques. La salle de cours devient alors un espace d’interprétation et de résolution de problèmes identifiés sur le terrain.
Le coordonnateur du projet, le professeur Atti Tchabi, précise que l’immersion permet aux apprenants de collecter des données auprès des producteurs, d’analyser les défis techniques et organisationnels, puis de formuler des solutions adaptées. Au-delà des compétences, l’exercice constitue un test d’engagement face aux exigences d’un secteur réputé exigeant. L’objectif est clair : former des cadres opérationnels, immédiatement mobilisables.
Les premiers résultats, présentés à Lomé, témoignent d’une dynamique encourageante. Quinze étudiants de la première promotion sont déjà insérés sur le marché de l’emploi. Dix-neuf composent la deuxième cohorte. Plus de 300 apprenants ont bénéficié de modules pratiques et une cinquantaine ont suivi un dispositif complet d’immersion encadrée. Des chiffres qui, selon les responsables, confirment la pertinence d’une formation professionnalisante au plus près des exploitations et des entreprises.
BASIS-Togo ne se limite pas à l’ingénierie pédagogique. Le projet a permis l’élaboration de textes réglementaires encadrant les stages en milieu agricole, sécurisant ainsi les parcours et les responsabilités des parties prenantes. Des dispositions spécifiques intègrent l’égalité de genre et l’inclusion des personnes à mobilité réduite, inscrivant la réforme dans une logique d’équité et d’ouverture.
L’initiative consolide également l’ancrage international de l’Université de Kara, désormais intégrée à un consortium académique associant plusieurs institutions d’Afrique subsaharienne et d’Europe. Cette coopération favorise les échanges de compétences, l’harmonisation des curricula et la circulation des étudiants et enseignants.
Représentant l’université allemande partenaire, le professeur Ralf Schlauderer a souligné le caractère intrinsèquement appliqué des sciences agricoles. Comprendre les réalités paysannes, a-t-il insisté, est un préalable à toute innovation pertinente. D’où l’impératif d’un partenariat durable entre universités, producteurs et industrie, afin que la recherche irrigue effectivement les pratiques.
Des discussions avancées portent sur l’instauration d’un double diplôme entre les établissements partenaires. Une perspective stratégique qui renforcerait la visibilité internationale du programme et l’employabilité des diplômés, tout en consolidant les standards académiques.
À l’approche de son échéance prévue en mai 2026, BASIS-Togo entre dans une phase décisive. Les acteurs plaident pour la consolidation des acquis, l’extension des partenariats et la pérennisation du modèle au-delà du financement initial.
En misant sur le capital humain et l’apprentissage par l’action, le Togo esquisse une mutation stratégique de sa formation agricole. Une réforme qui, si elle s’inscrit dans la durée, pourrait contribuer à bâtir une agriculture moderne, inclusive et compétitive, arrimée aux exigences du marché et aux ambitions de développement national.
















