Par René DOKOU, le 19 Janvier 2026
(IMPARTIAL ACTU)- La finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 devait être une fête du football continental. Elle s’est transformée en un épilogue polémique, marqué par des scènes de tension inédites et une bataille institutionnelle désormais ouverte. Au lendemain du sacre du Sénégal, la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) a publié un communiqué officiel dans lequel elle annonce son intention de saisir les instances compétentes afin d’obtenir des sanctions à l’encontre des Lions de la Teranga, accusés d’avoir quitté la pelouse dans des circonstances jugées contraires aux règles du jeu.
Disputée au stade de Rabat devant un public nombreux et acquis à la cause des Lions de l’Atlas, la finale a basculé dans l’extrême fin de match. À la 96e minute, alors que le score était encore indécis, l’arbitre de la rencontre a sifflé un penalty en faveur du Maroc. Une décision immédiatement contestée par les joueurs sénégalais, qui ont exprimé leur désaccord avec véhémence avant de se retirer collectivement du terrain, provoquant l’interruption de la rencontre pendant de longues minutes.
Si le Sénégal a finalement été déclaré vainqueur et a soulevé la deuxième CAN de son histoire, ces événements ont éclipsé l’exploit sportif. Très rapidement, la FIFA a réagi par un communiqué au ton ferme, condamnant le comportement de certains joueurs et membres du staff sénégalais. L’instance mondiale a rappelé que le respect des décisions arbitrales constitue un principe fondamental du football et que tout manquement à cet esprit expose les équipes fautives à des sanctions disciplinaires sévères.
Dans ce contexte déjà tendu, la réaction marocaine était attendue. Elle est intervenue cet après-midi par la voix de la FRMF, qui a annoncé son intention de recourir aux procédures légales auprès de la Confédération africaine de football (CAF) et de la FIFA. L’objectif affiché est clair : obtenir que le retrait du Sénégal de la pelouse et les incidents qui l’ont accompagné soient examinés et sanctionnés.
Dans son communiqué, la fédération marocaine insiste sur le caractère réglementaire de la décision arbitrale. Elle évoque un « penalty jugé correct à l’unanimité des spécialistes », estimant que la réaction sénégalaise a eu « un impact significatif sur le déroulement normal de la rencontre et sur la performance des joueurs ». En d’autres termes, Rabat considère que l’équité sportive de la finale a été compromise par un comportement jugé inadmissible à ce niveau de compétition.
Au-delà de l’aspect strictement disciplinaire, la sortie de la FRMF se veut aussi institutionnelle. Elle rappelle son attachement au respect des lois du jeu et à l’image du football africain, dans un tournoi suivi par des millions de téléspectateurs à travers le monde. En saisissant la CAF et la FIFA, le Maroc entend inscrire cette affaire dans un cadre juridique et réglementaire, loin des réactions à chaud et des polémiques de réseaux sociaux.
La fédération marocaine a par ailleurs tenu à remercier le public marocain pour son soutien « massif et inconditionnel » tout au long de la compétition. Elle salue la mobilisation populaire et l’engagement des différentes parties prenantes qui ont contribué, selon elle, au succès organisationnel de la CAN 2025. Un message qui contraste avec la dureté de son propos à l’égard du comportement sénégalais sur le terrain.
Cependant, ce communiqué laisse aussi apparaître certaines zones d’ombre. La FRMF ne s’est pas exprimée sur d’autres incidents ayant émaillé la finale, notamment le comportement jugé provocateur de certains ramasseurs de balle ou l’épisode impliquant le joueur Ismaël Saibari et le gardien sénégalais Yevhann Diouf. De même, l’annulation forcée de la conférence de presse du sélectionneur sénégalais Pape Thiaw, en raison de tensions avec des journalistes, n’a pas été évoquée.
Ces silences alimentent le débat et rappellent que la finale de la CAN 2025 a été marquée par des responsabilités partagées et un climat électrique généralisé. Pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépasse désormais le simple cadre d’un penalty contesté. Il s’agit de savoir comment les instances africaines et internationales géreront une situation susceptible de créer un précédent dangereux pour les compétitions futures.
La CAF, très attendue, devra trancher entre la nécessité de préserver l’autorité arbitrale et celle d’apaiser les tensions entre deux grandes nations du football africain. Quant à la FIFA, déjà très claire dans sa première réaction, elle pourrait être amenée à intervenir directement si des manquements graves aux règlements sont établis.
Une chose est certaine : la CAN 2025 restera dans les mémoires autant pour le sacre du Sénégal que pour les polémiques qui ont suivi. Et la bataille qui s’ouvre désormais dans les couloirs des instances pourrait bien se révéler aussi décisive que celle livrée sur la pelouse de Rabat.
















