Deux lettres en moins de deux mois : quand Jean-Pierre Fabre écrit au Président qu’il conteste

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Par René DOKOU, le 19 Janvier 2026

(IMPARTIAL ACTU)- En politique, certains font campagne, d’autres gouvernent. Jean-Pierre Fabre, lui, écrit. Et il écrit avec constance. En moins de deux mois, le président de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) a adressé deux lettres officielles au Président de la République, Jean-Lucien Savi de Tové. Deux courriers, deux sujets distincts, un seul destinataire : le Chef de l’État.

La première lettre, datée du 1ᵉʳ décembre, s’attaquait aux symboles du pouvoir. Jean-Pierre Fabre y dénonçait l’affichage du portrait de Faure Gnassingbé dans les bâtiments publics, estimant cette pratique contraire à la nouvelle Constitution, laquelle consacre le Président de la République comme chef de l’État et symbole de l’unité nationale. Une interpellation politique directe, sur fond de querelle institutionnelle.

La seconde missive, rendue publique en janvier, change de registre sans changer d’adresse. Cette fois, l’opposant réclame la déclassification des archives françaises sur l’assassinat de Sylvanus Olympio, premier Président du Togo. Il demande au Chef de l’État d’engager une démarche officielle auprès de la France, au nom de la vérité historique, de la mémoire nationale et de la réconciliation.

Deux lettres, un même interlocuteur. Et une question politique centrale : pourquoi s’adresser au Président de la République issu d’un cadre constitutionnel que l’ANC conteste vigoureusement ?

Car Jean-Pierre Fabre n’a jamais fait mystère de son rejet de la Ve République togolaise, qu’il juge imposée et dépourvue de légitimité populaire. Pourtant, c’est bien au Président qu’il reconnaît, de fait, la capacité d’agir. Non par adhésion, mais par pragmatisme institutionnel.

Dans ses courriers, le ton est mesuré, le vocabulaire institutionnel. Jean-Pierre Fabre s’adresse au « Chef de l’État », au « symbole de l’unité nationale ». Il contourne le gouvernement, ignore le Président du Conseil, et cible l’incarnation constitutionnelle de l’État. Un choix révélateur.

Contester un système n’interdit pas d’en utiliser les leviers. Écrire au Président ne vaut pas reconnaissance politique, mais mise en responsabilité. C’est précisément en s’appuyant sur le texte qu’il critique que l’opposant en souligne les incohérences et les silences.

Ces deux lettres dessinent ainsi une stratégie claire : maintenir la contestation tout en investissant l’espace institutionnel. Porter des combats politiques, symboliques et mémoriels depuis l’intérieur, sans renoncer à la critique du régime.

Deux lettres en moins de deux mois, ce n’est pas un hasard. C’est un rythme. Une manière de rappeler que, contesté ou non, le Président demeure un passage obligé. Et que le silence de l’institution devient, lui aussi, un acte politique.

Reste une ironie tenace : Jean-Pierre Fabre écrit au Président qu’il conteste, au nom d’une Constitution qu’il combat, pour réclamer des décisions qu’il juge au-dessus des clivages. À Lomé, on peut refuser le régime. Mais on connaît l’adresse.

Et à force de lettres, le Chef de l’État devra peut-être répondre. Car en politique, ignorer un courrier, c’est souvent lui donner raison.

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