Drame de Justine : de la tragédie à l’espoir, comment Asrama se mobilise pour protéger ses filles ?

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Par René DOKOU, le 20 Mai 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Le 13 décembre 2024, le suicide d’Agnon Justine, une adolescente de 13 ans mariée de force par son père pour rembourser une dette familiale de 127.000 FCFA, a ébranlé le Togo. Son histoire, relayée massivement sur les réseaux sociaux, a exposé au grand jour la persistance des mariages forcés dans cette localité située à 30 km de Notsè. Aujourd’hui, six mois après ce drame, Asrama semble tourner une page sombre de son histoire.

Forcée à un mariage contre son gré, Justine a subi des violences conjugales et psychologiques avant de mettre fin à ses jours en ingérant un produit toxique . Son cas, emblématique des lacunes dans l’application des lois togolaises (comme le Code de l’enfant et le Code pénal qui interdisent les mariages avant 18 ans ), a provoqué une onde de choc. Le chef canton d’Asrama, Togbui Edoh Komlanvi Mawuko II, et les habitants ont publiquement juré de “ne plus tolérer ces actes cruels” et de dénoncer toute complicité .

Lors de notre reportage dans la commune Haho 2 la semaine dernière, une évolution notable est observable.
De nombreuses jeunes filles, auparavant vulnérables, sont désormais inscrites dans des ateliers d’apprentissage de métiers (couture, coiffure, etc.) d’autres se préparent à reprendre le chemin de l’école à la rentrée prochaine.
Les discussions communautaires organisées par les autorités locales et les ONG ont permis de sensibiliser les parents sur les droits des enfants et les dangers des mariages précoces .

Le lancement officiel, le 7 mai 2025, d’une campagne nationale contre les mariages d’enfants et les grossesses précoces à Asrama, portée par la ministre Kossiwa Zinsou Klassou avec l’appui de l’UNICEF et de l’UNFPA, a marqué un tournant . Cette initiative, articulée autour de séances scolaires, de débats villageois et d’un numéro vert (8250) pour signaler les violences, a renforcé la mobilisation .

Témoignage clé : “Avant, on voyait le mariage comme une solution pour les dettes. Aujourd’hui, nous comprenons que l’avenir de nos filles passe par l’école”, confie un habitant rencontré sur place.

Le combat d’Asrama symbolise celui de tout le Togo. Grâce à l’engagement des leaders locaux, des femmes et des partenaires internationaux, les filles commencent à retrouver leur place légitime : sur les bancs de l’école, dans les ateliers, et surtout, en tant qu’actrices de leur propre destin.

«Justine ne sera pas morte pour rien si son histoire sauve d’autres vies», conclut une enseignante rencontrée lors de notre enquête.

Nous-y reviendrons sur les avancées concrètes de la campagne dans les prochains mois.

La Rédaction 

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