La maternité sécurisée, un droit au Togo

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Par René DOKOU, le 29 Janvier 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Donner la vie au Togo ne rime plus avec le danger ni avec l’angoisse financière. Depuis quelques années, l’État togolais a fait le choix fort de placer la santé maternelle au cœur de ses priorités, à travers un programme national de gratuité des soins pour les femmes enceintes. Cette politique publique, à la fois humaine et structurante, transforme profondément le parcours de grossesse et redonne à la naissance toute sa valeur de promesse.

Avant l’instauration de cette gratuité, le coût des consultations prénatales, des examens médicaux et de l’accouchement constituait un obstacle majeur pour de nombreuses Togolaises. En milieu rural comme dans les zones urbaines défavorisées, beaucoup de femmes retardaient, voire renonçaient aux soins, faute de moyens financiers. La grossesse devenait alors une période à haut risque, exposant mères et nouveau-nés à des complications évitables.

La suppression de la barrière financière a marqué un tournant décisif. Désormais, les soins liés à la grossesse, à l’accouchement et au post-partum sont pris en charge par l’État. Cette mesure incite les femmes enceintes à fréquenter régulièrement les centres de santé, à respecter le calendrier des consultations prénatales et à accoucher dans des structures médicalisées. Ce changement de paradigme a un impact direct sur la réduction des complications obstétricales ainsi que sur la baisse des décès maternels et néonatals.

Un vrai souffle de vie

Le programme « Wezou », dont le nom signifie « souffle de vie » en langue locale, incarne cette nouvelle vision. Lancé en 2021, il s’est imposé comme un pilier de la politique sanitaire togolaise. À fin septembre 2024, plus de 3,2 millions de prestations médicales avaient été enregistrées. Au total, 633 426 femmes ont bénéficié de la prise en charge, avec 366 245 accouchements couverts, dont une part significative par césarienne.

Les chiffres traduisent une amélioration tangible de l’accès aux soins spécialisés. En 2024, 93 % des femmes nécessitant une césarienne ont été prises en charge dans le cadre du programme. Par ailleurs, 68 % des femmes enceintes ont reçu les trois doses du traitement préventif intermittent contre le paludisme, une avancée majeure dans la lutte contre cette pathologie qui demeure l’une des premières causes de mortalité maternelle et infantile.

Dès la confirmation de la grossesse, Wezou offre une prise en charge gratuite et systématique. Elle couvre l’ensemble des soins essentiels : consultations prénatales, accouchements, césariennes, soins postnataux, échographies, analyses biologiques telles que le groupage rhésus ou la numération formule sanguine. Cette approche globale garantit un suivi continu, de la grossesse jusqu’aux premières semaines après la naissance.

Des vies mieux protégées

Les effets du programme se mesurent avant tout en vies sauvées. Le suivi prénatal renforcé permet une détection plus précoce des grossesses à risque, une meilleure prise en charge des pathologies et une orientation rapide vers des structures adaptées lorsque cela s’avère nécessaire. La gratuité favorise également les accouchements assistés par du personnel qualifié, réduisant les pratiques à risque et améliorant les conditions sanitaires.

Les nouveau-nés bénéficient ainsi d’un départ dans la vie plus sûr, tandis que les mères quittent la maternité mieux suivies et mieux informées. Au-delà de l’impact sanitaire, la gratuité des soins pour les femmes enceintes constitue un puissant levier de justice sociale. Elle allège considérablement la charge financière des ménages, souvent confrontés à des dépenses imprévues et lourdes au moment de la grossesse.

Dans un contexte où les ressources restent parfois limitées, cette politique protège les familles contre l’endettement et les renoncements aux soins. Elle affirme un principe fondamental : la santé de la mère et de l’enfant ne dépend plus du niveau de revenu, mais d’un droit garanti par la collectivité nationale.

Wezou s’inscrit enfin dans la dynamique de mise en place d’une couverture sanitaire universelle au Togo. À l’horizon 2025, le gouvernement évoque déjà plusieurs milliers de femmes enceintes prises en charge chaque année, de la première consultation prénatale aux soins postnataux essentiels. Une ambition claire, portée par la conviction que protéger les mères, c’est investir durablement dans l’avenir du pays.

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