Par René DOKOU, le 11 Mars 2026
(IMPARTIAL ACTU)- La capitale togolaise accueille depuis le 10 mars une importante rencontre parlementaire régionale consacrée à l’avenir des systèmes éducatifs en Afrique de l’Ouest. Réunis jusqu’au 14 mars à Lomé, les membres de la commission mixte éducation, culture, santé, télécommunications et technologies de l’information du Parlement de la CEDEAO examinent les voies et moyens de mieux aligner les programmes d’enseignement sur les besoins socio-économiques de la sous-région.
La session a été officiellement ouverte mardi par la présidente du Parlement communautaire, Mémounatou Ibrahima, en présence du ministre togolais de l’Éducation nationale, Mama Omorou, ainsi que de parlementaires venus de plusieurs pays membres de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
Au cœur des échanges : la nécessité urgente de rapprocher l’école du monde du travail dans un contexte marqué par une transformation rapide des économies et des technologies.
Un système éducatif face à des défis structurels
Dans la plupart des pays ouest-africains, les systèmes éducatifs continuent de produire des diplômés dont les compétences ne correspondent pas toujours aux besoins réels du marché de l’emploi. Ce décalage, observé aussi bien dans l’enseignement général que dans les formations techniques et supérieures, constitue l’un des principaux défis structurels auxquels la région est confrontée.
Malgré les nombreuses réformes engagées ces dernières années, les programmes d’enseignement restent souvent insuffisamment adaptés aux mutations économiques, aux secteurs émergents et aux exigences croissantes liées à l’innovation technologique. Résultat : un nombre important de jeunes diplômés peinent à trouver un emploi, tandis que les entreprises signalent régulièrement un manque de compétences adaptées.
Selon les estimations relayées lors de la rencontre, près d’un jeune sur trois en Afrique de l’Ouest se trouve aujourd’hui en situation de chômage ou de sous-emploi. Paradoxalement, une grande proportion d’entreprises affirme rencontrer des difficultés à recruter des profils qualifiés, révélant un profond déséquilibre entre l’offre de formation et les besoins du marché.
Réorienter les programmes vers les compétences
Face à cette réalité, la réunion de Lomé vise à poser les bases d’une réflexion approfondie sur l’évolution des programmes éducatifs dans l’espace communautaire.
Les travaux portent notamment sur l’évaluation de la pertinence des curricula aux différents niveaux d’enseignement du primaire à l’université au regard des secteurs stratégiques de croissance dans la région. Les parlementaires examineront également les moyens de renforcer l’intégration de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels dans les systèmes éducatifs nationaux.
L’objectif est clair : améliorer l’employabilité des jeunes, stimuler la productivité et encourager l’auto-emploi dans un contexte où l’entrepreneuriat apparaît de plus en plus comme une voie d’insertion économique.
Les discussions mettent également l’accent sur la transition vers des programmes centrés sur les compétences. Innovation, esprit critique, résolution de problèmes et capacité d’adaptation aux mutations du marché du travail figurent désormais parmi les priorités pédagogiques envisagées.
« Former des compétences plutôt que produire des diplômes »
Pour l’honorable Soklingbé Senou, chef de la délégation des députés togolais au Parlement de la CEDEAO, l’heure est venue de repenser en profondeur la finalité de l’éducation dans la région.
Selon lui, les systèmes éducatifs ouest-africains ne doivent plus être perçus comme de simples machines à produire des diplômes, mais comme de véritables incubateurs de compétences directement utiles aux économies nationales.
« Cette rencontre dépasse largement une simple activité inscrite au calendrier parlementaire. Elle traduit notre engagement collectif à bâtir un système éducatif capable de soutenir le développement économique et social de notre communauté », a-t-il déclaré.
Pour le parlementaire togolais, l’enjeu est à la fois économique, intellectuel et transformationnel. La modernisation de l’éducation régionale doit ainsi tenir compte des réalités locales tout en intégrant les exigences d’un monde de plus en plus compétitif.
Le Togo, hôte d’un débat stratégique
Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, le ministre togolais de l’Éducation nationale, Mama Omorou, a salué le choix porté sur Lomé pour accueillir cette rencontre stratégique.
Pour le gouvernement togolais, cette désignation constitue à la fois un honneur et une marque de confiance de la part des institutions communautaires.
Le ministre a rappelé que les statistiques régionales témoignent de l’ampleur des défis auxquels les systèmes éducatifs ouest-africains sont confrontés. Entre chômage des jeunes et pénurie de compétences dans les entreprises, la réforme de la formation apparaît désormais comme une priorité incontournable.
« Le décalage entre les compétences disponibles et les besoins du marché illustre clairement les défis auxquels nos systèmes éducatifs doivent répondre », a souligné le ministre.
Vers une harmonisation des politiques éducatives
Dans son discours d’ouverture, la présidente du Parlement de la CEDEAO, Mémounatou Ibrahima, a rappelé l’importance du cadre juridique communautaire existant pour accompagner cette transformation.
Elle a notamment évoqué le protocole adopté en 2003 par la conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, qui vise à harmoniser les politiques éducatives et à promouvoir un enseignement de qualité, accessible et pertinent dans l’ensemble de la sous-région.
La responsable parlementaire a également salué les réformes engagées au Togo sous l’impulsion du président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé. Selon elle, ces initiatives ont contribué à renforcer les liens entre les institutions éducatives et le secteur privé, favorisant l’essor de l’éducation à l’entrepreneuriat et la formation continue.
Une étape pour l’avenir de la jeunesse ouest-africaine
Au-delà des débats techniques, la rencontre de Lomé s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation des systèmes éducatifs de la CEDEAO. En rapprochant l’éducation des réalités économiques, les responsables régionaux espèrent mieux préparer les jeunes générations aux défis du marché du travail.
Pour les participants, l’enjeu dépasse la seule réforme des programmes : il s’agit de bâtir un modèle éducatif capable de soutenir durablement la croissance et l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest.
Les conclusions des travaux de la commission devraient nourrir de futures orientations politiques au niveau communautaire, avec l’ambition de faire de l’éducation un véritable levier de développement pour la région
















