Par René DOKOU, le 03 Mars 2026
(IMPARTIAL ACTU)- L’intégration régionale en Afrique de l’Ouest franchit une nouvelle étape décisive dans le secteur de la santé. L’Organisation Ouest-Africaine de la Santé (OOAS) a conduit, du 23 au 28 février 2026 à Cotonou, en Bénin, un atelier régional stratégique consacré à l’harmonisation des curricula de formation spécialisée en soins infirmiers et en maïeutique au sein de l’espace Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Cette initiative s’inscrit dans le mandat confié à l’OOAS par l’Assemblée des ministres de la Santé des États membres. Elle marque un tournant majeur dans le renforcement des ressources humaines en santé et dans la construction d’un espace communautaire fondé sur des standards académiques partagés, garants de qualité, d’équité et de mobilité professionnelle.
Un chantier stratégique pour la qualité des soins
Au cœur des travaux : l’élaboration d’un cadre harmonisé de formation spécialisée destiné aux infirmiers et aux sages-femmes de la région. Les participants ont procédé à un examen approfondi des programmes existants, à l’alignement des modules de formation et à la validation d’une architecture pédagogique commune.
L’objectif est clair : doter les États membres d’un référentiel régional cohérent couvrant les cycles de Master, de Doctorat et les programmes de Fellowship. Cette standardisation vise à assurer une formation de haut niveau, conforme aux normes internationales et aux meilleures pratiques académiques, tout en tenant compte des réalités sanitaires ouest-africaines.
Dans une région confrontée à des défis sanitaires complexes charge élevée de morbidité maternelle et néonatale, maladies infectieuses persistantes, émergence de pathologies non transmissibles la spécialisation des professionnels infirmiers et maïeutiques apparaît comme un levier stratégique. Elle conditionne la qualité des soins, la sécurité des patients et la résilience des systèmes de santé.
Une mobilisation régionale d’expertise
L’atelier de Cotonou a rassemblé un large éventail d’acteurs institutionnels et académiques : représentants des ministères de l’Enseignement supérieur, membres du Conseil régional pour l’enseignement des professions de santé (RCHPE), experts du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES), doyens des facultés des sciences de la santé, responsables de collèges professionnels, organes nationaux de régulation, institutions universitaires, ainsi que l’équipe technique de l’OOAS et des spécialistes régionaux.
Cette diversité d’expertises a permis d’assurer une approche inclusive et concertée, fondée sur le dialogue institutionnel et la convergence des normes académiques. Les échanges ont porté tant sur le contenu des modules que sur les méthodes pédagogiques, les mécanismes d’évaluation, les critères d’accréditation et les passerelles de reconnaissance mutuelle des diplômes.
L’enjeu dépasse la seule harmonisation technique : il s’agit de bâtir un socle commun favorisant la reconnaissance régionale des qualifications et la circulation des compétences au sein de la CEDEAO.
Vers un espace académique et professionnel intégré
À l’issue des travaux, les participants ont validé l’alignement des modules spécialisés et finalisé une architecture pédagogique harmonisée. Ce cadre régional commun constitue désormais une référence pour la formation spécialisée en soins infirmiers et en maïeutique dans l’ensemble des États membres.
Cette avancée ouvre la voie à une mobilité professionnelle accrue. En facilitant la comparabilité des diplômes et la reconnaissance des qualifications, l’harmonisation des curricula contribue à lever les barrières administratives et académiques qui freinent la circulation des professionnels de santé.
Elle participe également à la consolidation d’un espace académique intégré, où les standards de formation sont partagés, les exigences de qualité uniformisées et les mécanismes d’assurance qualité renforcés. À terme, cette dynamique devrait favoriser la constitution d’un vivier régional d’experts hautement qualifiés, capables d’intervenir dans des contextes variés et de répondre efficacement aux priorités sanitaires communes.
Un impact attendu sur les systèmes de santé
Au-delà des considérations institutionnelles, l’initiative porte une ambition concrète : améliorer la prestation des soins au bénéfice des populations ouest-africaines. En rehaussant le niveau de spécialisation des infirmiers et des sages-femmes, les États membres renforcent leur capacité à offrir des services de santé plus sûrs, plus efficaces et mieux adaptés aux besoins.
La profession infirmière et la maïeutique occupent une place centrale dans les systèmes de santé de la région, souvent en première ligne dans les zones rurales et périurbaines. L’élévation des standards de formation constitue donc un investissement stratégique dans la qualité des soins primaires, la santé maternelle et néonatale, ainsi que dans la gestion des urgences sanitaires.
Cette harmonisation s’inscrit par ailleurs dans une vision plus large d’intégration régionale, où la coopération technique devient un moteur de développement. En alignant les politiques de formation, la CEDEAO renforce la cohésion de son espace communautaire et consolide les bases d’une solidarité sanitaire régionale.
Prochaines étapes : validation et mise en œuvre
Les travaux de Cotonou ouvrent désormais la phase opérationnelle. Les prochaines étapes porteront sur la finalisation technique des documents adoptés, leur validation institutionnelle par les instances compétentes, puis leur mise en œuvre progressive au sein des États membres.
Un dispositif de suivi et d’évaluation accompagnera ce processus afin de mesurer l’impact réel des nouveaux curricula sur la qualité de la formation et sur les performances des systèmes de santé.
En consolidant un cadre régional harmonisé pour la formation spécialisée en soins infirmiers et en maïeutique, l’OOAS confirme son rôle de catalyseur de l’intégration sanitaire ouest-africaine. À Cotonou, la région a posé les jalons d’un espace académique et professionnel plus cohérent, au service d’une ambition partagée : garantir à chaque citoyen un accès à des soins de qualité, portés par des professionnels hautement qualifiés.
















