Par René DOKOU, le 07 Mars 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Le Togo confirme, une fois de plus, sa place de référence sur le continent africain en matière de santé publique. Premier pays au monde à avoir éliminé quatre maladies tropicales négligées (MTN) la filariose lymphatique, le trachome, la dracunculose et la trypanosomiase humaine africaine le pays s’engage désormais dans une nouvelle phase stratégique : la mise en place d’un modèle national intégré et durable de surveillance post-élimination.
Un leadership mondial confirmé dans la lutte contre les maladies tropicales négligées
Cette nouvelle étape vise à consolider les acquis historiques obtenus au terme de plusieurs décennies de lutte sanitaire. Du 3 au 6 mars 2026, un atelier multisectoriel d’envergure s’est tenu à Lomé sous l’égide du Programme National des Maladies Tropicales Négligées (PNMTN). L’objectif : poser les bases d’un dispositif national capable de prévenir toute réapparition de ces pathologies et de garantir la pérennité des progrès réalisés.
Au-delà d’une simple rencontre technique, cet atelier marque un tournant majeur dans la stratégie sanitaire du pays. Il traduit la volonté des autorités togolaises de transformer une victoire sanitaire en un système durable de vigilance et de prévention.
Préserver des acquis sanitaires historiques
Pour les responsables du PNMTN, l’enjeu est désormais de protéger les résultats obtenus.
Le coordonnateur du programme, Dr Gnossikè Piham, rappelle que l’élimination de ces maladies en tant que problèmes de santé publique ne signifie pas leur disparition totale.
Selon lui, le défi consiste aujourd’hui à empêcher toute réintroduction de ces infections dans le pays.
« Le Togo, premier pays au monde à avoir éliminé quatre maladies tropicales négligées, travaille désormais à mettre en place un modèle national de surveillance durable afin de prévenir toute réintroduction de la filariose lymphatique, du trachome, de la dracunculose et de la trypanosomiase », explique-t-il.
Cette vigilance est d’autant plus nécessaire que plusieurs pays voisins continuent de faire face à ces maladies. Dans un contexte régional marqué par les mobilités humaines et les échanges transfrontaliers, le risque de résurgence demeure réel.
Face à cette situation, les autorités sanitaires togolaises ont choisi d’anticiper en élaborant un système de surveillance post-élimination robuste, capable de détecter précocement toute menace sanitaire.
Lomé au cœur d’une réflexion stratégique multisectorielle
Organisé dans la capitale togolaise, l’atelier a réuni 47 participants issus de divers horizons institutionnels et techniques. Les directions centrales du ministère de la Santé, les programmes nationaux spécialisés, les institutions publiques de recherche et de statistiques ainsi que plusieurs partenaires techniques et financiers ont pris part aux travaux.
Parmi les institutions représentées figuraient notamment Organisation mondiale de la Santé, Sightsavers, DAHW et Anesvad.
Cette diversité d’acteurs reflète l’approche collaborative adoptée par le Togo. Elle traduit également la volonté des autorités sanitaires d’abandonner progressivement les approches verticales, souvent limitées à une seule maladie, au profit d’un dispositif intégré couvrant plusieurs pathologies et secteurs.
L’expert en renforcement des systèmes de santé Justin Tine souligne l’importance de cette évolution stratégique.
Selon lui, la priorité consiste à harmoniser les mécanismes de surveillance existants afin de réduire la fragmentation des interventions sanitaires.
« L’objectif est de passer d’approches verticales à un système de surveillance véritablement intégré, capable d’identifier des plateformes communes, d’harmoniser les modalités de suivi et de mieux arrimer ces actions au système national de santé », explique-t-il.
Construire un dispositif national intégré de surveillance
Au cœur des discussions figurait la création d’un cadre national cohérent pour la surveillance post-validation des maladies tropicales négligées éliminées ou en voie d’élimination.
Plusieurs pathologies sont concernées par cette approche, notamment la filariose lymphatique, l’onchocercose, la trypanosomiase humaine africaine, le trachome, la schistosomiase et la dracunculose.
Les travaux ont permis d’examiner les différentes plateformes nationales de collecte et d’analyse des données sanitaires, notamment les systèmes d’information hospitaliers, les réseaux de laboratoires et les dispositifs de surveillance épidémiologique.
Les participants ont également analysé les besoins techniques et opérationnels nécessaires à la mise en œuvre d’une surveillance efficace à long terme.
Parmi les priorités identifiées figurent la mobilisation des parties prenantes impliquées dans la gestion des données sanitaires, l’amélioration des capacités diagnostiques et la définition des paramètres financiers nécessaires à la pérennisation du système.
L’atelier a aussi permis de valider une matrice nationale des besoins de surveillance et d’esquisser les grandes lignes d’une stratégie nationale intégrée, incluant des analyses futures de coût-efficacité.
Un laboratoire africain d’innovation sanitaire
En initiant ce processus, le Togo ambitionne d’aller au-delà de la simple consolidation des acquis. Le pays entend devenir un véritable laboratoire d’innovation pour la surveillance post-élimination des maladies tropicales négligées.
Cette démarche s’inscrit dans les orientations de la feuille de route mondiale pour les MTN portée par Organisation mondiale de la Santé, qui encourage les États à renforcer leurs systèmes de santé et à garantir la durabilité des résultats obtenus.
Déjà salué pour ses performances exceptionnelles dans la lutte contre ces maladies, le Togo démontre ainsi sa capacité à transformer un succès sanitaire en un modèle de gouvernance et de prévention.
À travers la mise en place d’un système intégré de surveillance, le pays pose les bases d’une nouvelle génération de politiques sanitaires fondées sur l’anticipation, la coordination et la résilience.
Une stratégie qui pourrait inspirer de nombreux pays africains confrontés aux mêmes défis et désireux de sécuriser durablement leurs avancées en matière de santé publique.
















