Par René DOKOU, le 15 avril 2022
(IMPARTIAL ACTU)- Des réfugiés de nombreux pays d’Afrique, du Moyen-Orient pour la plupart des étudiants d’universités ukrainiennes fuient le conflit. Ils sont près de 2,7 millions de réfugiés d’Ukraine ont rejoint la Pologne, dont plus de 99 000 étrangers qui travaillaient ou étudiaient en Ukraine. À Varsovie, une association a ouvert un hôtel pour les accueillir et les aider.
Dans ce bâtiment de deux étages en périphérie de Varsovie, une quinzaine de drapeaux ont été accrochés au mur et des mots de remerciement sont inscrits en plusieurs langues sur une grande feuille de papier.
Turkménistan, Ouzbékistan, Inde, Soudan, Maroc, Congo, Mali, « depuis le début de la guerre, nous avons accueilli des réfugiés de plus de 34 nationalités », indique Marianna Ossolińska, membre de l’association KIK (le Club de l’intelligentsia catholique) et coordinatrice de l’hôtel, qui peut accueillir environ 70 personnes par nuit. « À l’origine, nous avions prévu d’accueillir chaque personne pour une durée de trois jours, mais nous avons observé que beaucoup d’entre eux ne sont pas prêts en si peu de temps à décider ce qu’ils veulent faire et restent donc plus longtemps », remarque la coordinatrice.
Les mots de remerciement dans plusieurs langues des réfugiés hébergé dans l’hôtel
Assise dans le réfectoire, Lillian Pochi, une Nigériane de 31 ans étudiante en médecine en cinquième année à l’université d’Oujhorod, dans l’ouest de l’Ukraine, déjeune en silence. La jeune femme, qui a fui l’Ukraine avec pour seul bagage un sac rempli de livres de médecine, a trouvé refuge dans cet hôtel où le calme lui permet de continuer de suivre ses cours à distance.
« J’ai fait les formalités pour demander un permis étudiant » en Pologne, « j’attends la réponse »,confie cette étudiante qui ne souhaite pas retourner au Nigeria où elle juge l’insécurité trop grande. « Mais si j’obtiens ce permis, je vais devoir réfléchir à la manière dont je vais pouvoir poursuivre mes études en Pologne, car les frais de scolarité sont trois fois plus élevés qu’en Ukraine », s’inquiète-t-elle, espérant trouver un travail cet été afin de pouvoir financer ses études. Selon le ministère de l’Éducation ukrainien, un peu plus de 76 500 étrangers étudiaient en Ukraine en 2020.
Inégalités de traitement entre réfugiés
Si la loi d’assistance aux citoyens de l’Ukraine, adoptée en Pologne le 12 mars, légalise le séjour des réfugiés ukrainiens et des couples binationaux pendant une durée de 18 mois dans le pays et permet l’accès au marché du travail et aux aides sociales, elle ne s’applique pas aux ressortissants des pays tiers ayant fui l’Ukraine. « C’est donc très important d’avoir un hôtel pour accueillir les réfugiés non-ukrainiens, car ils se retrouvent souvent dans une situation plus difficile que les autres, notamment parce que la loi ne les autorise à rester que 15 jours en Pologne », pointe Marianna Ossolińska. D’autant que certains réfugiés ne souhaitent pas rentrer dans leurs pays d’origine, vivant depuis de nombreuses années en Ukraine.
« Il y a une inégalité de traitement importante », renchérit Agnieskza Matejczuk, juriste de l’association Stowarzyszenia Interwencji Prawnej. Cette ONG se rend régulièrement à l’hôtel pour informer les réfugiés non-ukrainiens de leurs droits. Ceux qui possédaient un permis de résidence permanent en Ukraine peuvent demander la protection temporaire de l’Union européenne. Mais pour ceux qui y résidaient de manière temporaire, et c’est le cas des étudiants étrangers, rester en Pologne s’avère beaucoup plus compliqué.
« Ils doivent passer par les procédures classiques et il y a de nombreux critères requis pour pouvoir obtenir un permis de résidence temporaire, dont la nécessité d’avoir des moyens financiers suffisants », indique ainsi Agnieszka Matejczuk. « Or, dans beaucoup de situations, c’est impossible, car ces réfugiés ayant fui la guerre n’ont rien ! », s’exclame la juriste, qui plaide pour l’allègement de certains critères et l’allongement de la durée autorisée de séjour.
Quinze jours sont, à son sens, insuffisants pour avoir le temps d’évaluer les opportunités d’études ou d’emploi en Pologne.
Avec RFI Afrique
















