Par René DOKOU, le 26 Janvier 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Face à la surpopulation carcérale et aux défis persistants de la réinsertion sociale, les autorités togolaises explorent une piste innovante : la mise en place d’un programme de travail agricole impliquant des détenus des prisons civiles. À l’étude au sein des autorités judiciaires, en collaboration avec la Direction de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion (DAPR), cette initiative ambitionne de concilier utilité sociale, apprentissage professionnel et amélioration de la productivité agricole.
Selon le directeur de la DAPR, le magistrat Adrissou Akibou, le projet s’inscrit dans une vision rénovée de la peine, envisagée non seulement comme une sanction, mais aussi comme un outil de transformation sociale. « Il s’agirait d’une peine à caractère correctif, orientée vers l’apprentissage de compétences utiles après la détention », explique-t-il. L’objectif est clair : offrir aux détenus une opportunité d’acquérir un savoir-faire valorisable, tout en contribuant à l’effort national en matière de sécurité alimentaire.
Le principe du dispositif repose sur l’affectation volontaire et encadrée de détenus à des activités agricoles, en dehors des centres urbains. Ces travaux, réalisés dans des zones rurales, permettraient de développer des exploitations agricoles structurées, capables de produire des denrées essentielles. Pour les détenus participants, il s’agirait d’une occupation constructive, susceptible de renforcer leur sens des responsabilités, leur autonomie et leur dignité.
Au-delà de la dimension individuelle, les autorités voient dans ce projet un levier potentiel pour répondre à plusieurs problématiques nationales. La surpopulation carcérale, notamment dans les grandes prisons du pays, constitue un défi majeur pour l’administration pénitentiaire. En favorisant des formes alternatives d’exécution de la peine, ce programme pourrait contribuer à désengorger les établissements pénitentiaires, tout en améliorant les conditions de détention.
Cependant, la mise en œuvre d’un tel dispositif soulève des défis considérables. Les responsables insistent sur la nécessité de réunir plusieurs préalables avant toute concrétisation. La première contrainte concerne la logistique. Les sites agricoles envisagés ne se situeront pas dans la capitale Lomé, ce qui implique l’organisation régulière de déplacements. Des moyens de transport adaptés devront être mobilisés pour assurer l’acheminement sécurisé des détenus vers les zones d’exploitation.
La question de la sécurité constitue également un enjeu central. Le déploiement de détenus en milieu ouvert nécessite un encadrement rigoureux. Le recrutement d’agents pénitentiaires supplémentaires apparaît indispensable afin de garantir la surveillance, la discipline et la protection des participants, mais aussi celle des populations environnantes. Cette exigence pose inévitablement la question du financement.
« La solution est bonne, mais elle n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Les autorités y réfléchissent sérieusement », souligne Adrissou Akibou. Le renforcement du dispositif suppose un accroissement significatif du budget alloué à l’administration pénitentiaire. Dans un contexte de contraintes budgétaires, l’arbitrage financier constitue l’un des obstacles majeurs à la concrétisation du projet.
Malgré ces difficultés, l’initiative suscite un intérêt croissant dans les milieux institutionnels et au sein de l’opinion publique. Elle s’inscrit dans une tendance internationale visant à repenser la prison comme un espace de préparation au retour dans la société. Dans plusieurs pays, des programmes similaires ont démontré leur efficacité en matière de réduction de la récidive, d’amélioration de la discipline carcérale et de valorisation du travail pénitentiaire.
Au Togo, la perspective d’une telle réforme pourrait marquer un tournant dans la politique pénitentiaire. En mettant l’accent sur la réinsertion et l’utilité sociale de la peine, l’État affirmerait sa volonté de promouvoir une justice plus humaine et plus productive. Le travail agricole deviendrait alors un outil de réhabilitation, mais aussi un vecteur de développement local.
L’enjeu dépasse ainsi le cadre strictement pénitentiaire. Il touche à la conception même de la peine, à la place du détenu dans la société et au rôle de l’État dans la lutte contre l’exclusion. En offrant aux détenus la possibilité de participer à l’effort national, le programme envisagé pourrait contribuer à changer le regard porté sur la prison et sur ceux qui y sont incarcérés.
Si elle aboutit, cette réforme pourrait ouvrir la voie à une nouvelle approche de la justice pénale togolaise, fondée sur l’équilibre entre sanction, réinsertion et développement. Encore à l’état de réflexion, le projet devra franchir de nombreuses étapes avant de devenir réalité. Mais il témoigne déjà d’une volonté politique d’explorer des solutions innovantes face à des défis structurels.
Dans un pays où l’agriculture demeure un pilier de l’économie et où la question de la surpopulation carcérale reste préoccupante, l’idée d’associer travail pénitentiaire et production agricole apparaît comme une option audacieuse. Entre espoir de transformation sociale et contraintes pratiques, le débat est désormais lancé.
















