Par René DOKOU, le 20 Juin 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Les 16 et 17 juin 2025, une centaine de femmes commerçantes togolaises ont pris part à une session de renforcement de capacités à Lomé, dans le cadre du projet Accès au Marché International (AMI).
Un appui stratégique pour lever les barrières au commerce
Initié par le Centre du commerce international (ITC) et soutenu par la Coopération allemande à travers le programme PROCOMP de la GIZ, ce projet vise à outiller les femmes entrepreneures pour surmonter les obstacles non tarifaires qui entravent leur accès aux marchés, notamment à l’international.
Grâce à sa position géographique stratégique, son port en eau profonde et son rôle dans le corridor ouest-africain, le Togo dispose d’un fort potentiel logistique. Pourtant, les femmes commerçantes, actrices majeures du commerce informel et transfrontalier, font face à des difficultés persistantes : tracasseries douanières, contrôles administratifs répétitifs, lenteurs bureaucratiques, ou encore accès limité à l’information sur les règlements commerciaux.
Obstacles non tarifaires : une lutte structurelle pour les MPME
Le projet AMI a pour cœur de cible les Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME), particulièrement celles dirigées par des femmes. Ces entreprises souffrent souvent de barrières dites “invisibles” – non tarifaires – qui freinent leur compétitivité. Les deux premiers volets du projet, présentés lors de cette session de formation, ont permis aux participantes d’identifier ces obstacles et de s’approprier des outils de plaidoyer afin de faire évoluer le cadre réglementaire.
Parmi les dispositifs phares introduits, figure le Mécanisme d’Alerte aux Obstacles Commerciaux (MAOC). Cet outil innovant permet aux commerçantes de signaler, en temps réel, les problèmes rencontrés sur le terrain, facilitant ainsi une remontée d’information vers les autorités concernées pour des réponses correctives rapides.
Une approche inclusive au service de l’économie nationale
« L’objectif est de mieux outiller les femmes pour qu’elles deviennent des actrices clés du plaidoyer commercial et bénéficient pleinement des réformes en cours », a souligné Derlot de Frédérine, officier de programme à l’ITC. L’ambition est claire : intégrer durablement les femmes dans les politiques de facilitation du commerce, en leur donnant voix au chapitre.
Au-delà de la maîtrise des outils techniques, la formation se veut un levier de transformation sociale. Les femmes, bien qu’omniprésentes dans les marchés et circuits de distribution, sont encore marginalisées dans les espaces de décision commerciale. Ce programme entend corriger cette inégalité en les hissant au rang d’interlocutrices crédibles face aux administrations et aux décideurs.
Renforcer la résilience économique par la base
Pour Ludmila Azo, cheffe pays du projet AMI au Togo, « rendre le commerce plus inclusif, transparent et porteur d’opportunités » passe par une action concrète sur le terrain. Le projet mise sur la formation, mais également sur la structuration d’un réseau national de femmes commerçantes, capables d’identifier les obstacles, d’interagir avec les autorités et de participer à l’élaboration de politiques commerciales plus équitables.
Le Togo a, ces dernières années, multiplié les initiatives en faveur de la formalisation du secteur informel et de la promotion de l’entrepreneuriat féminin. Le projet AMI s’inscrit dans cette dynamique, en donnant aux femmes les moyens de transformer leur activité commerciale en véritable moteur de croissance.
Des partenaires engagés pour un changement durable
Le succès de cette initiative repose sur la synergie entre partenaires nationaux et internationaux. L’ITC, bras technique de l’ONU en matière de développement commercial, mobilise son expertise pour répondre aux défis spécifiques des femmes commerçantes. De son côté, la GIZ accompagne le processus à travers son programme PROCOMP, axé sur la compétitivité des MPME.
Le Professeur Kwami Ossadzifo WONYRA, coordonnateur national du projet AMI, a rappelé que cette session s’inscrit pleinement dans les composantes 1 et 2 du programme, qui visent à éliminer les obstacles au commerce tout en renforçant les compétences managériales des femmes. Il n’a pas manqué de saluer l’implication des membres de la section SheTrades de l’ITC, qui ont partagé leur expertise durant les différentes sessions.
Une ambition nationale : déployer la formation dans tout le pays
Les responsables du projet ne comptent pas s’arrêter là. De nouvelles sessions sont déjà prévues dans d’autres régions du Togo afin d’élargir la portée de l’initiative. L’objectif à moyen terme est de faire émerger une génération de femmes commerçantes mieux préparées, plus influentes et pleinement intégrées dans les dynamiques commerciales régionales et internationales.
Le projet AMI fait ainsi plus que former : il transforme. Il incarne une vision d’un commerce togolais résilient, inclusif et tourné vers l’avenir, porté par celles qui en sont les piliers invisibles : les femmes commerçantes.
















