Par René DOKOU, le 20 Mai 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Dans une tribune poignante, l’artiste plasticien togolais Richard Laté Lawson-Body exprime avec force et émotion une réalité trop souvent tue : le silence imposé aux artistes après des promesses sans suite, des collaborations avortées ou des projets détournés.
Créer, ce n’est pas jouer : plaidoyer pour la reconnaissance du travail artistique
Sa parole, loin d’être un simple témoignage personnel, résonne comme une dénonciation collective et un appel vibrant à la reconnaissance de la valeur du travail artistique.
La promesse brisée, un refrain trop connu
Combien de fois un artiste est-il approché avec enthousiasme pour participer à un projet ? On parle d’idées, de vision partagée, de création commune. L’artiste, souvent habité par l’espoir de faire sens à travers son art, s’ouvre, écoute, imagine. Il investit temps, énergie, inspiration. Puis, soudain, le silence. Pas d’explication, pas de retour. Le projet disparaît, ou pire, se réalise… sans lui.
Ce silence, Lawson-Body le dit avec gravité, n’est pas anodin. Il est violent. Il nie non seulement la personne de l’artiste, mais aussi son travail. Car l’art, contrairement à ce que certains croient encore, n’est ni un hobby ni une simple ornementation. C’est un métier. Un engagement total, fait de doutes, de recherches, de discipline, d’écoute et de temps long.
L’art, un métier exigeant et invisible
Dans sa tribune, l’artiste rappelle que chaque œuvre est le fruit d’un travail invisible, souvent incompris. Derrière la toile, la sculpture ou l’installation, il y a des heures de réflexion, de solitude parfois, d’expérimentation. L’artiste traduit en formes et en couleurs ce que la société ressent sans toujours savoir le dire.
En cela, l’art est bien plus qu’un objet décoratif : c’est un miroir, une alerte, un souffle vital pour l’humanité. Il nous relie à notre humanité profonde, à nos émotions, à notre mémoire collective. Ce rôle, pourtant fondamental, est souvent relégué au second plan, sans reconnaissance ni compensation.
Une question de respect… et de justice
Lawson-Body ne demande ni gloire, ni privilèges. Il demande le respect. Celui du temps donné, de la parole échangée, des engagements pris. Il rappelle l’importance de choses simples : dire merci, être clair, tenir ses promesses, payer à temps. Trop souvent, les artistes se retrouvent à travailler gratuitement ou à être oubliés dans des projets qu’ils ont nourris de leur vision.
Ce manque de reconnaissance n’est pas seulement une question personnelle, il est révélateur d’un déséquilibre structurel dans notre rapport à l’art et aux artistes. Lorsque l’on accepte que leur parole soit ignorée, que leur travail ne soit pas payé, que leur présence soit optionnelle, on participe à une forme d’effacement culturel.
Écouter les artistes, un choix de société
L’appel de Richard Laté Lawson-Body dépasse le simple cadre artistique : il s’agit d’un appel à une société plus équitable, plus à l’écoute, plus consciente de ce qu’elle doit à ses créateurs. Écouter les artistes, les soutenir, respecter leur parole et leur travail, c’est faire le choix d’une culture vivante, d’un avenir partagé, d’un tissu social riche et sensible.
Et si, comme le propose l’artiste, nous décidions collectivement de ne plus faire taire celles et ceux qui créent ? Si nous valorisions enfin leur apport à la société à la hauteur de leur engagement ? Car ce que produit un artiste, c’est une vision du monde. Et sans vision, que reste-t-il ?
La tribune de Richard Laté Lawson-Body vient rappeler, avec douceur mais détermination, une vérité essentielle : le travail artistique mérite écoute, considération et respect. Il ne s’agit pas de privilèges, mais d’une reconnaissance élémentaire. En choisissant d’écouter les artistes plutôt que de les réduire au silence, nous affirmons le rôle fondamental de l’art dans notre monde. Et nous construisons, peut-être, une société plus juste.
















