Par René DOKOU, le 19 Février 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Le climat médiatique togolais est secoué par une nouvelle affaire d’intimidation visant un professionnel de l’information. Le Conseil National des Patrons de Presse (CONAPP) a exprimé, mardi à Lomé, sa vive préoccupation à la suite de menaces anonymes proférées contre le journaliste Roger Amémavoh, collaborateur du média en ligne CAPTURE MEDIA. Les faits seraient intervenus après la publication d’un reportage consacré à un litige foncier dans la localité de Latécopé.
Selon les informations rendues publiques par l’organisation patronale de la presse, les menaces, dont l’origine demeure inconnue, viseraient directement le journaliste à la suite de son travail d’enquête sur un conflit domanial sensible. Si le contenu précis des intimidations n’a pas été détaillé, leur caractère anonyme et leur lien présumé avec une production journalistique soulèvent de sérieuses inquiétudes quant au respect de la liberté de la presse au Togo.
Dans une déclaration ferme, le CONAPP dit avoir appris la nouvelle « avec stupeur » et condamne sans réserve des agissements qu’il qualifie d’atteinte grave au libre exercice du métier de journaliste. Pour l’organisation, ces menaces constituent une entrave inacceptable à la liberté d’expression et au droit d’informer, garantis par les textes en vigueur. Elle rappelle que la liberté de la presse ne saurait être fragilisée par des pressions ou des tentatives d’intimidation, quelles qu’en soient les motivations.
Au-delà du cas individuel, le CONAPP y voit un signal préoccupant pour l’ensemble de la profession. Dans un contexte où les questions foncières demeurent particulièrement sensibles, le traitement médiatique de ces dossiers exige rigueur et courage. Or, toute tentative de dissuasion par la menace est de nature à instaurer un climat de peur incompatible avec l’exercice serein du journalisme.
L’organisation patronale insiste sur les efforts consentis depuis plusieurs décennies par les plus hautes autorités togolaises pour renforcer l’État de droit et consolider les acquis en matière de libertés publiques. À ses yeux, laisser prospérer de tels actes reviendrait à compromettre ces avancées et à fragiliser un pilier essentiel de la démocratie. « La presse est un acteur clé de la transparence et de la reddition des comptes », rappelle-t-on dans les milieux professionnels.
Face à la gravité des faits, le CONAPP appelle les autorités sécuritaires à prendre sans délai les dispositions nécessaires afin d’assurer la protection de Roger Amémavoh. Il demande également l’ouverture d’une enquête approfondie pour identifier les auteurs des menaces et les traduire devant la justice. Pour l’organisation, l’impunité en la matière constituerait un précédent dangereux et un encouragement implicite à d’autres formes d’intimidation.
L’appel s’adresse aussi à l’institution judiciaire, invitée à faire preuve de diligence et de fermeté. La crédibilité de l’appareil judiciaire et la confiance des citoyens dans l’État de droit reposent, souligne le CONAPP, sur la capacité des institutions à garantir la sécurité des professionnels exposés dans le cadre de leur mission d’information.
Dans le même temps, l’organisation tient à rappeler aux journalistes leur responsabilité éthique. La liberté de la presse, insiste-t-elle, va de pair avec le respect scrupuleux de la déontologie et des principes professionnels. Rigueur dans la collecte des faits, vérification des sources, équilibre dans le traitement de l’information : autant d’exigences qui fondent la crédibilité des médias et renforcent leur légitimité face aux critiques.
Le CONAPP invite ainsi l’ensemble des professionnels des médias togolais à faire preuve de solidarité confraternelle à l’égard de leur collègue. Dans un environnement parfois marqué par des tensions, l’unité de la corporation apparaît comme un rempart contre les tentatives d’intimidation. Le soutien moral et institutionnel des pairs est perçu comme un signal fort en faveur de la défense des libertés fondamentales.
L’organisation se félicite par ailleurs de la réaction du gouvernement, qui, selon elle, demeure mobilisé pour garantir la sécurité des personnes et la préservation des libertés publiques dans le strict respect de l’État de droit. Cette posture officielle est jugée essentielle pour rassurer les acteurs des médias et prévenir toute escalade.
Au-delà de l’émotion suscitée par cette affaire, le cas de Roger Amémavoh relance le débat sur la protection des journalistes confrontés à des sujets sensibles. Les conflits fonciers, en particulier, cristallisent souvent des intérêts économiques et sociaux importants, susceptibles de générer des tensions. Dans ce contexte, le rôle du journaliste consiste à éclairer l’opinion, non à subir des pressions.
En réaffirmant son engagement en faveur de la liberté de la presse, le CONAPP place les autorités et l’ensemble des acteurs publics devant leurs responsabilités. L’enjeu dépasse le cadre d’un différend ponctuel : il touche au droit des citoyens à une information libre, pluraliste et indépendante. À Lomé, où la déclaration a été rendue publique le 18 février 2026, le message est clair : aucune menace ne doit faire taire la voix de la presse.
















