Secteur bancaire togolais : SYNBANK et SYNASSUR dénoncent des « injustices » et brandissent la menace d’actions

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Par René DOKOU, le 16 Août 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Le malaise s’approfondit dans le secteur bancaire et assurantiel au Togo. Réunis le samedi 16 août à Lomé en assemblée générale, les membres du Syndicat des Employés et Cadres des Banques (SYNBANK) et du Syndicat des Employés et Cadres des Assurances (SYNASSUR) ont dressé un constat inquiétant.

Un climat social de plus en plus tendu

Entre inégalités salariales, absence de politique claire de rémunération, licenciements jugés abusifs et dégradation des conditions de travail, les deux organisations dénoncent une « situation intenable » et promettent des « actions rigoureuses » si rien ne change.

Des écarts salariaux jugés indécents

Au cœur des revendications figure la question salariale. Selon les syndicats, les écarts de rémunération atteignent des niveaux « inacceptables » dans les établissements financiers togolais.
« Pour un même poste et un travail de valeur égale, le salaire devrait être uniforme. Or, dans notre corporation, nous observons deux poids deux mesures. Les salaires vont du simple au double, parfois au triple », dénonce Awoula Yati BABA, secrétaire général du SYNBANK.

Les chiffres avancés donnent la mesure de ce déséquilibre. Alors que les cadres supérieurs touchent en moyenne 10 millions de francs CFA par mois, assortis d’avantages multiples (logement, scolarité, transport), les plus bas salaires plafonnent autour de 200 000 francs CFA. L’écart entre les rémunérations extrêmes atteint ainsi un rapport de 50 pour 1, bien au-delà du seuil de 20 fois généralement considéré comme acceptable dans les normes de bonne gouvernance.

Une politique de rémunération inexistante ou bafouée

Au-delà des écarts, les syndicats pointent l’absence de cadre clair. « Dans la majorité de nos institutions, il n’existe pas de politique de rémunération et là où elle est formalisée, elle n’est pas respectée », regrette le SYNBANK. Cette opacité, selon eux, alimente frustrations et injustices, fragilisant durablement le climat social au sein des banques et compagnies d’assurance.

SUNU Bank Togo au centre des critiques

Si l’ensemble du secteur est visé, SUNU Bank Togo concentre une large part des griefs. Les syndicats l’accusent de licenciements abusifs et de harcèlement moral systématique. D’après eux, la direction invoque abusivement la « masse salariale » comme prétexte à des licenciements économiques, alors qu’un rapport de la Commission Bancaire de l’UMOA confirmerait que cette masse n’a jamais dépassé le budget autorisé.

Les pratiques managériales de la banque sont assimilées à un « processus de destruction des carrières » comparable au scandale de France Télécom dans les années 2010. Une correspondance dénonçant des cas précis de discrimination et d’intimidation, transmise le 26 mai dernier à la direction, est restée sans réponse.

Des conséquences humaines alarmantes

Les syndicats avancent des chiffres préoccupants. Depuis le rachat de l’ancienne BPEC par le groupe SUNU en 2018, le nombre de décès parmi le personnel aurait quadruplé. De 3 décès entre 2010 et 2017, le bilan s’élèverait à 12 décès entre 2018 et 2025, accompagnés d’une recrudescence des cas d’hypertension et de stress liés aux conditions de travail.

À cela s’ajoutent des mesures jugées dégradantes : réduction des assurances décès, suppression des prêts scolaires au personnel, menaces récurrentes et climat d’intimidation. « Le personnel vit sous pression permanente, exposé à des traitements dégradants », martèlent SYNBANK et SYNASSUR.

Ecobank également dans le viseur

Les critiques ne se limitent pas à SUNU Bank. Ecobank Togo est aussi épinglée pour « entraves à l’action syndicale ». Les représentants dénoncent notamment les pressions exercées sur un délégué du personnel impliqué dans une affaire de plainte client. Malgré plusieurs sollicitations, la direction refuserait depuis le 2 juin de recevoir les représentants du personnel.

Vers un bras de fer social ?

Face à ce qu’ils qualifient de violations répétées du Code du travail togolais et des conventions de l’Organisation internationale du Travail (OIT), les syndicats promettent des « actions rigoureuses ». Si leur nature n’a pas été dévoilée, l’assemblée générale à huis clos devait en préciser les modalités.

Dans un contexte où le secteur bancaire et assurantiel joue un rôle clé dans l’économie nationale, un conflit ouvert pourrait avoir des répercussions sensibles. Les syndicats, eux, assurent qu’ils iront « jusqu’au bout » pour mettre fin aux « injustices » qu’ils disent subir.

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